6000 avant Jésus
Christ.
 |
Statuette égyptienne vieille de 6000 ans |
L'usage du préservatif remonte à plusieurs millénaires.
Une statuette égyptienne vieille de 6.000 ans montre déjà un Égyptien
muni d'un "étui" anti-contraceptif.
1500 avant J.C.
Le
roi de Crète Minos aurait utilisé un
sachet en vessie de chèvre.
1350-1220 avant J.C.
 |
Étui
anti-contraceptif égyptien de la XIXème Dynastie. |
Au cours de la XIX dynastie (1350 - 1200 avant notre ère) le "préservatif" en
lin était destiné à se protéger des maladies.
Le "Deutsche Gesellschaft für Urologie" de 1911 montre
une illustration d'un "fourreau Égyptien non contraceptif",
utilisé par les chefs de tribu en tant que protection contre
les infections, blessures et morsures d'insectes. Des
fresques ornant différents tombeaux du temple de Karnac, bâti
au cours de la 19ème dynastie, représentent un homme
dont l'extrémité du sexe est recouverte d'un petit
capuchon.
Le sexe de certaines momies, toujours en Égypte, était enfermé dans
de solides pochons leur assurant protection au royaume des morts.
Il ne s'agissait sans doute pas là de préservatifs mais plutôt
d'étuis protecteurs comme en utilisent encore les hommes de certaines
tribus primitives pour se garantir des branches épineuses ou d'éventuelles
piqûres d'insectes.
Ier Siècle
avant J.C.
Les Romains aussi connaissaient une forme de condom, fabriqué à partir
d'intestins ou de vessies d'animaux.
L'an 100-200 (Ier et
IIème siècle).
 |
Peinture
pariétale à la grotte de Lascaux II (dans la parie interdite au publique) |
La première évidence de l'utilisation du "préservatif " en
Europe remonte vers 100-200 de notre ère, sur des peintures
pariétales à Lascaux II en France. Un dessin
montrerait un homme et une femme faisant l'amour, et où le pénis
de l'homme serait "protégé".
Xème Siècle.
 |
| Kabuta-gata |
L'existence du préservatif se précise autour du Xème
siècle de notre ère en Asie. Les Chinois optent pour le
papier de soie huilée et les Japonais connaissent sous le nom
de Kabuta-gata, des accessoires fabriqués en écailles de
tortues ou en cuir que l'on rangeait dans des "boîtes joyeuses".
Ces préservatifs pouvaient, grâce à leur rigidité,
servir tout aussi bien de godemichés.
XVIème Siècle.
 |
| Gabriel
Fallopius |
C'est l'anatomiste et chirurgien italien Gabriel Fallopio (ou
Gabriel Fallopius), plus connu sous le nom de Gabriel Fallope,
né à Modène en 1523, qui est l'inventeur du "fourreau
d'étoffe légère, fait sur mesure, pour protéger
des maladies vénériennes". Il a aussi conduit des
essais sur 1.100 hommes utilisant le préservatif, aucun de ces
hommes de Naples n'ayant été infecté par la "carie
française"
ou
syphilis. Jusqu'à sa mort en 1562, ce chirurgien élève
de Vesale, occupa à Padoue la chaire d'anatomie et de chirurgie;
il fut surnommé l'Esculape de son siècle et fut appelé à soigner
Jules II et François 1er.
En 1564, la première publication connue concernant la description d'essais
d'utilisation de préservatifs prophylactique est publiée sous
le nom de "De morbo gallico". Gabriel
Fallopius, meurt deux ans avant la publication
de son texte.
"De morbo gallico", dans le chapitre consacré à la "préservation
contre la carie française" (la syphilis), mentionne à propos de
cette invention: "Demum cum coiverit ponat supra glandem et recurrat praeputium",
phrase que l'on traduit souvent par "Seulement lorsqu'il aura des rapports,
qu'il le place sur le gland et fasse revenir le prépuce".
Mais de
nombreux latinistes ont fait remarquer que "coiverit", futur antérieur,
ne saurait se traduire que par "aura eu des rapports",
et voilà donc notre premier préservatif devenu une simple
compresse hygiénique, à utiliser "après coup", comme
le futur pro-kit américain.
Quoi qu'il en soit, cette invention baptisée "gant de Vénus" par Shakespeare, peu fiable tant dans son étanchéité que dans
son maintien, fut, semble-t-il, rapidement abandonnée et un certain Ranchin,
au début du 17ème siècle, préfère donner
ces conseils pleins de bon sens :
"Mieux vaut que l'on ne séjourne pas trop longtemps avec une femme gastée
et que l'on soit diligent à laver et sécher le membre, car
si l'on s'y endort longuement, il n'y a plus de remèdes. Enfin,
le membre doit être droit et non pas mol et flasque, pour ce que,
autrement, il boit l'infection comme une éponge et tout devient
inutile".
XVIIème Siècle, vers 1660.
Une des théories la plus répandue est celle qui dit
que l'origine du mot préservatif serait son inventeur Monsieur
Condom ou Conton, qui travaillait à la cour du Roi
Charles II.
Certains prétendent qu'il était médecin, d'autres
colonel et que Charles II était tellement ravi de cette invention
qu'il le fit Chevalier. Quoique cette histoire soit très drôle,
on y attache en général peu de crédibilité.
En France, c'est un roi de France (Louis XIV) qui les utilise dès
le XVIIème siècle, malgré une loi qui rend passible
de prison le fait de posséder ou de vendre des préservatifs.
Une autre théorie dit que le nom est dérivé du
mot latin "condus", qui veut dire "respect".
Ce préservatif, toujours constitué d'un
boyau animal, n'est ni confortable, ni très sûr, ce
qui fait dire à la
Marquise de Sévigné, s'adressant à sa
fille la Comtesse de Grignan: "c'est une cuirasse contre le
plaisir, une toile d'araignée contre le
danger ", aphorisme également attribué, un siècle plus
tard, dans certains ouvrages, à la baronne de Staël, fille de Necker.
XVIIIème Siècle.
 |
| Préservatif
en lin début XVIIIème Siècle |
Plusieurs théories circulent quant à l'origine du nom "Condom":
La première mention de ce nom ce trouve dans "A Scots answer
to a British vision", un poème qui fut probablement écrit
par John Hamilton en 1706.
Très vite, de nombreux anonymes se manifestent et, en 1708, le poème "Almonds
for parrots" laisse échapper ces quelques mots peu encourageants: "cette
heureuse invention (…) éteignait la chaleur du feu de Vénus
et préservait la flamme du désir de l'amour."
Tout a commencé, sur le plan commercial, avec la conférence
internationale ouverte à Utrecht en 1712 et qui devait aboutir,
un an plus tard, à la signature d'un traité mettant fin à la
guerre de succession d'Espagne. La ville d'Utrecht, littéralement
envahie plusieurs mois par des hommes d'État et de hauts personnages
venus d'Espagne, d'Angleterre, de France etc... attira une foule de
dames galantes. Venues là pour distraire ces messieurs, elles
ouvrirent des maisons ou reçurent les diplomates dans leurs
appartements.
 |
Préservatif
en caecum de mouton
orné d'un ruban |
Malheureusement, plusieurs d'entre elles avaient apporté, dans
leurs bagages, quelques maladies vénériennes. La chose
n'étant pas un secret, un artisan eut l'idée de traiter à sa
façon le cæcum de mouton, dont les parcheminiers tiraient des
pellicules fines et transparentes pour faciliter la cicatrisation des
plaies ulcérées et des brûlures. Reprenant un procédé ancien,
il utilisa ce cæcum de mouton en lui conservant sa forme de fourreau
et en le fermant d'un côté; il obtint ainsi un préservatif.
Grâce à lui, on peut alors acheter cet article dans une
boutique située à l'angle de Beynijn Hof...
Dès que la conférence fut terminée, tous les diplomates
regagnèrent leurs pays et plusieurs personnalités britanniques
rapportèrent, en souvenir, quelques spécimens de ces
petites cuirasses protectrices.
Des industriels et des hommes d'affaires décidèrent de
fabriquer et de mettre en vente, sous le nom de "Condom",
ces appareils d'hygiène. "Condom" était une
transcription du verbe latin "Condere" qui signifie "cacher
ou protéger".
Peu de temps après, en 1717, dans un ouvrage intitulé "Practical
dissertation on the venereal disease", le physicien anglais Daniel
Turner avance l'idée que "le condom, quoique
le meilleur, ne soit pas le seul préservatif que nos libertins aient trouvé jusqu'à présent".
Et Turner d'ajouter que, "en raison des sensations émoussées qu'il
provoque, j'en ai entendu quelques-uns reconnaître qu'ils avaient souvent
choisi de risquer la chaude-pisse plutôt que d'entrer en lice avec une
pique ainsi cuirassée".
Casanova utilisait des préservatifs non seulement pour se protéger
des infections mais surtout pour éviter que ses "partenaires" ne
tombent enceintes. Il désignait le préservatif de différents
noms: "Redingote Anglaise", "Calottes d'assurance".
Son plus grand reproche était: "Je dois m'enfermer
dans un bout de peau morte pour prouver que je suis bel et bien vivant". Ce
serait lui, Giacomo Casanova qui, en 1718, grand consommateur
bien évidemment, baptisa ce petit bout de boyau de "capote
anglaise"...
En 1725, un français, L.-M. Marie fit un voyage en Angleterre
et raconta à son retour en France qu'il avait vu à Londres "deux
grandes et belles boutiques dans les rues les plus passantes, fournies
de jeunes demoiselles qui s'occupaient ouvertement de la fabrication
de ces petits sacs".
En 1736, dans ses "De Morbis venereis", le docteur Jean Astruc parle
de ces débauchés qui "...qu'en
Angleterre les grands débauchés, ceux qui passent leur vie
dans les bras des prostituées, se servent depuis quelque temps de sacs
faits d'une membrane très fine et sans couture, en forment de fourreau et
qu'on appelle en anglais condum. Ils
en recouvrent complètement le pénis avant le coït,
afin de se protéger contre les risques d'un combat dont le résultat
est toujours douteux. Ils pensent que, ainsi protégés et la
pique bien cuirassée,
ils peuvent impunément braver le danger des amours banales ". L'auteur
semble avoir lu Turner … lui empruntant même sa "pique
bien cuirassée".
Une gravure anglaise de 1744 montre des ouvriers préparant
des Condoms.
Le préservatif devient de plus en plus connu et est aussi bien
loué que ridiculisé dans les poèmes anglais. Le
poème le plus important à ce sujet porte le titre "The
Machine" et date de 1744, dont une copie se trouve au British
Museum: la page de garde montre la production et la vente du préservatif.
En 1750, un colporteur nommé Jardin fut condamné à la
relégation après sept mois d'emprisonnement pour avoir été trouvé porteur
de "28 Condoms de vessie bordés d'un petit ruban rouge".
En 1776, une certaine Mme Philipps fit paraître à Londres
des annonces signalant que sa boutique était toujours pourvue
de ces "dispositifs de sécurité qui assuraient la
santé de ses clients"...
 |
| Réclame
de 1780 sur le préservatif |
Le terme "préservatif" apparut dans une réclame
discrète en 1780, lorsque la "Maison du Gros Millan" ouvrit
ses portes à Paris au 22 de la rue Beaujolais, au Palais-Royal,
important centre de prostitution à l'époque. Son prospectus
donne les précisions suivantes: "Fabrique de préservatifs
de toute sécurité...bandages, suspensoirs, articles d'hygiène...Exportation
discrète pour la France et l'étranger".
 |
"A
la Capote Angloise",
la première condomerie!
Gravure
de 1760. |
Le mot "préservatif" fut rapidement remplacé par "Redingote
anglaise". On trouve cette appellation dans la première édition
de la "Correspondance de Madame Gourdan", publiée
de son vivant. Madame Gourdan, dite la "Petite Comtesse" était
l'une des plus célèbres tenancières de maison
de débauche du XVIIIème siècle et l'on ne s'étonnera
pas de lire dans cet ouvrage une lettre que lui adressait un commerçant
avisé le 7 avril 1783: "J'ai à votre service,
Madame, une eau préservatrice pour les maladies vénériennes
etc... et des Redingotes d'Angleterre". Cette fameuse correspondance
de la Gourdan n'était en réalité qu'un
pamphlet mais le texte de cette fausse lettre prouve que les clients
de cette matrone, nobles seigneurs et hauts dignitaires ecclésiastiques,
utilisaient volontiers des Condoms qu'ils apelaient "Redingotes
d'Angleterre".
Dans ses "Mémoires Secrets", Louis Petit de Bachaumont
précise que le 3 octobre 1783, au cours d'un souper galant,
l'hôtesse a eu la délicatesse de faire distribuer des "Redingottes
d'Angleterre" à ses invités...
 |
Casnova
souffle
dans un condom. |
Le Marquis de Sade, Casanova et les libertins du XVIIIème siècle
se servirent de l'idée comme préservatif antivénérien
mais bien vite l'objet passa des "mauvais lieux" et de l'alcôve
de l'adultère au lit conjugal où il remplaça le "retrait".
Sade
utilise le terme de "Condom" dans le troisième
dialogue de la "Philosophie dans le Boudoir": "D'autres
obligent leurs fouteurs de se servir d'un petit sac de peau de
vessie, vulgairement nommé Condom, dans lequel la semence
coule sans risque d'atteindre le but...!".
 |
Gravure
de 1744. C'est en
soufflant que l'on vérifie
la fiabilité du
préservatif. |
L'abbé Spallanzani, vers la fin du XVIIIème siècle
avait observé que la pose sur les grenouilles mâles de
petits caleçons de lin ciré n'empêchait pas l'accouplement
mais interdisait toute fécondation. Par contre, l'adjonction
aux œufs du fluide mâle contenu dans les caleçons
entraînait la fécondation...Il fait lui aussi partie des
découvreurs du préservatif masculin.
Il faudra attendre la Révolution française puis les
mœurs "faciles" du Directoire pour voir l'utilisation et
le commerce du préservatif légalisés. Des
boutiques, telle celle d'un certain Gros Millan, autour du Palais-Royal,
se spécialisent dans la vente de cet article encore élitiste.
Ce commerce, pour lequel les vendeuses étaient entraînées à avoir
l'œil juste pour évaluer les tailles afin de ne pas
vexer personne, devint rapidement des plus florissantes. C'était
l'époque où les longueurs des préservatifs étaient
multiples et les hommes souvent vantards. Il fallait savoir discerner
le client prétentieux de celui qui, par manque d'assurance,
pouvait induire en erreur le marchand, le conduisant à sous-estimer
la taille.
Les préoccupatons des révolutionnaires vont orienter
le préservatif sur un autre terrain que celui du seul
plaisir: le contrôle des naissances préoccupe déjà,
la fécondité est en baisse sensible ; Condorcet
le confirme en 1793, tout en affirmant que la limitation des
naissances sera nécessaire, conséquence de l'augmentation
de l'espérance de vie.
Cinq ans plus tard, en Grande-Bretagne, Malthus publie un essai établissant
que la population s'accroît plus rapidement que les richesses
naturelles. Le malthusianisme prône donc la limitation
des naissances, essentiellement par l'abstinence, seule façon à ses
yeux d'éviter la misère. Pourtant, à cette époque,
le préservatif devient dans de nombreux esprits ouvertement…contraceptif.
Ayant été reconnu utile pour la prévention des
infections, ce n'est que plus tard que son utilité contre les
grossesses non désirées sera reconnue. plus tard dans
le courant du siècle, une amélioration sera apportée
au préservatif, lorsque le lin sera trempé dans une solution
chimique et ensuite séché avant emploi.
Ce fut les premiers
spermicides sur les préservatifs.
XIXème Siècle.
 |
| "Voilà mon
choix !" |
Conçu à partir
d'un intestin animal, ce préservatif français d'environ
20 centimètres et datant du début XIX siècle
possède
un galon de soie lui permettant d'être maintenu sur le sexe.
Mais ce qui en fait une pièce historique à part entière
demeure la scénette présente sur le préservatif
: une religieuse désignant d'un doigt assuré, parmi
trois ecclésiastiques en érection, son futur amant,
annonce : "Voilà mon choix !"
En membrane animale, les préservatifs pouvaient être réparables.
Le texte suivant, datant de 1808, en est la preuve. " Si la membrane
travaillée a été légèrement perforée,
alors on bouche les trous en collant des lambeaux membraneux dessus
et de pareils condoms sont souvent vendus sans garanties. On s'aperçoit
de ces reprises à l'éclat particulier de la colle lorsqu'on
examine la membrane du côté des retouches à l'intérieur
de la capote. L'humidité détache souvent pendant le coït,
les pièces collées sur les trous et la membrane même
la mieux raccommodée peut alors se déchirer complètement
au moment où sont intégrité importe le plus ".
Personne n'avait songé à discuter l'étymologie
du substantif "Condom" lorsqu'en 1817, le médecin
allemand Francois Xavier Swediaur, né en Autriche en
1748, affirma que ce nom de Condom était celui de l'inventeur
de l'ustensile, le docteur Condom, médecin anglais du XVIIIème
siècle.
Ce Docteur Swediaur était célèbre; il était
installé à Paris depuis les premiers jours de la Révolution,
après avoir travaillé à Londres et publié de
nombreux ouvrages en latin, en anglais et en français. Lié avec
Danton, il se fit naturaliser français. Spécialiste des
maladies vénériennes, son œuvre principale publiée
en 1798 est un "Traité complet des maladies syphilitiques".
Voici
un extrait de son texte:
"Condom : nom d'un Anglais, inventeur de ces petits sacs destinés à préserver
contre les suites d'un coït impur et qui ont gardé le nom (…).
C'est un nommé Condom qui a inventé les fameuses enveloppes ou
gants, connus aujourd'hui en Angleterre par un usage très répandu
sous le nom de condoms et à Paris sous celui de redingotes anglaises.
Ces petits sacs, qui réunissent à l'avantage de garantir parfaitement
bien la partie celui de n'avoir aucune suture, se font avec de l'intestin cæcum
des agneaux, lavé, séché et ensuite rendu souple en le frottant
avec les mains, avec du son et un peu d'huile d'amandes.
Une telle découverte qui, par son utilité, mériterait à son
auteur toute la reconnaissance des hommes éclairés, n'a fait que
le déshonorer dans l'opinion publique, il a même été obligé de
changer de nom…"
Il n'était pas question de refuser
la version d'un aussi éminent
spécialiste et l'histoire du Docteur condom fut adoptée
par les encyclopédistes et auteurs de Dictionnaires: Pierre
Larousse, Louis-Nicolas Bescherelle, Emile Littré... On sait
aujourd'hui que ce docteur Condom n'a jamais existé ailleurs
que dans l'esprit inventif de Swediaur.
Une autre version de l'origine étymologique du condom affirme
que cette invention serait le fait des bouchers des abattoirs de la
ville de Condom, au cœur du Gers (traversée par la rivière
Baïse) qui eurent l'idée, grâce à des morceaux
d'intestins d'animaux, de se prémunir contre les maladies vénériennes.
Si les abattoirs, et donc les bouchers, étaient particulièrement
nombreux dans la région, rien ne permet d'affirmer que ces derniers
sont responsables de la découverte du mot ou de l'objet qui
s'y rattache.
Le nom condom donné à ses fourreaux serait, en fait,
la simple transcription du nom condum, choisi par les Anglais et provenant
du verbe latin condere, qui signifie cacher, protéger.
En 1827, au Japon, le préservatif était connu en tant
que Kawagata, ou Kyotai et était fabriqué en cuir. À
côté de cela les Japonais utilisaient aussi des préservatifs
en écaille de tortue ou en corne.
Les noms de "Condom" et "Redingote anglaise" furent
dans le langage courant remplacés par "Capote anglaise ",
encore employée de nos jours. On le rencontre dès le
Second Empire dans le premier vers de l'une des poésies de Théophile
Gautier, publiées clandestinement à Bruxelles en 1864,
sous le titre de "Parnasse satyrique du XIXème siècle".
 |
| L'inusable. |
Le préservatif de caoutchouc est né lui après
l'invention de la vulcanisation par Goodyear en 1839.
 |
Charles
Goodyear &
Thomas Hancock
en couverture du livre
de
Charles Slack. |
En 1843-1844, Goodyear et Hancock commencent la production en masse
de préservatifs
fait à base de caoutchouc vulcanisé. La vulcanisation
est un procédé qui rend le caoutchouc brut en produit élastique
très résistant. Les préservatifs en caoutchouc
du début du siècle étaient lavables et réutilisables. " … si
l'on veut se servir d'un préservatif en caoutchouc à plusieurs
reprises, il faut d'abord le choisir plus grand à cause de son
rétrécissement
et le laver dans une solution de sublimé et
l'essuyer à chaque fois que l'on s'en est servi. Après
une insufflation d'air pour s'assurer de son intégrité et
de sa résistance et pour enlever les plis, on saupoudre le condom à l'aide
de lyocopode acheté à la pharmacie ou de talc que l'on
se procure chez le marchand de couleur, et après avoir tourné et
retourné le condom dans cette poudre, on l'enroule sur deux
doigts pour le conserver à l'abri de la lumière, de la
chaleur et du froid excessifs. Il faut également préserver
le caoutchouc du contact avec les corps gras (huiles, graisses, vaseline,
paraffine), l'acide phénique, etc., qui le dissoudraient … " (Lip
Tay, ouvrage de 1908 sur la préservation sexuelle).
Un certain Mac Intosh, britannique de
son état et spécialisé dans la
confection d'imperméables, se met à fabriquer
industriellement en 1870 des capotes en caoutchouc appelées "feuilles
anglaises". Devant l'ampleur du succès, 80 ouvriers de l'usine s'affairent à confectionner,
l'été, des ballons pour enfants et, durant l'hiver, des préservatifs.
Un marché porteur, puisque Mac Intosh exporte deux tiers de ses capotes,
les meilleures vers la Russie et l'Autriche, et, sans raison apparente, les
moins faibles vers l'Espagne, le Portugal, l'Italie et la France.
 |
| Premier
préservatif en Latex |
Vers 1880, le premier préservatif en latex est produit mais
il faudrait attendre les années 1930 pour que son utilisation
se répande.
Cette "officialisatio" de la capote va donner des ailes à de
nombreux opportunistes. C'est ainsi qu'apparaissent, en 1883 sur
le marché Petticoat lane, en Angleterre, des boîtes
de préservatifs arborant le visage de la reine Victoria ou celui du Premier
ministre Gladstone.
Naissent également, en France cette fois, des réclames pour des " vêtements
imperméables à usage intime ", au sein de publications légères,
voire grivoises.
Ces magazines, aux titres évocateurs, Pour lire à deux, Le magazine
de Paris, Le sourire (à ne pas confondre avec une autre revue du même
nom, antérieure et humoristique), gardent toujours une colonne libre pour
annoncer les nouvelles créations de Excelsior ou de la Librairie
de la lune, maisons spécialisées dans l' " hygiène ",
ainsi que la sortie de leurs nouveaux catalogues de vente par correspondance
destinés à ceux qui, trop timides, n'osent aller en pharmacie.
En 1887, cette appellation "Capote anglaise" apparaît
dans le "Journal des Goncourt" à propos de Victor
Hugo: "Léon Daudet, qui m'accompagne et qui a assisté à l'ouverture
de la maison de Hugo, disait que les armoires étaient bondées
de "Capotes anglaises" d'un format gigantesque...et que c'était
gênant de les faire disparaître en la présence de
Madame Charles Hugo...!".
XXème Siècle.
 |
| Préservatifs
pour Dames |
La richesse et la diversité des produits de ces maisons n'ont
rien à envier au catalogue de la célèbre
et contemporaine Condomerie d'Amsterdam : préservatifs
parfumés, aux formes et textures des plus surprenantes, avec
réservoir - c'est une nouveauté en 1901 - ou bien rangés
sous le double fond d'une honorable boîte de cigares de la Havane.
N'oublions pas que ces préservatifs en " caoutchouc soie sans
soudure ", qui portent les noms évocateurs de Crocodiles,
Le rival protecteur ou Le voluptueux, sont lavables !
N'en déplaise à notre sens de l'hygiène ainsi qu'aux fabricants
actuels qui ne cessent de clamer que "le préservatif ne sert qu'une seule
fois", la capote de la Belle Epoque était garantie cinq ans ! On n'ose
imaginer le moindre service après-vente pour ce type d'ustensile, ni la
moindre réaction de clients contestant un vice de fabrication après
trois années de tendre complicité.
Ainsi, après avoir été lavé, séché et
talqué, à l'aide du Vérifior, "appareil nickelé,
extensible, indispensable pour vérifier, sécher et rouler les préservatifs,
12 francs…", le préservatif attendait… la prochaine fois.
Au début du 20ème siècle existait aussi un préservatif
féminin "Le Pratique" qui connu un franc succès.
Entre-temps disparu pour renaître en 1992 sous le nom de "Femidon".
Ces années 1900 voient la naissance des premiers "bibis chatouilleurs", "porc-épics" et
autres capotes aux extrémités fantaisistes. Au même
moment, deux sénateurs, Béranger et de Lamarzelle, tentent
sans succès, d'interdire la fabrication des préservatifs.
Alors que Littré, dans son Dictionnaire de médecin (1903),
attribue toujours le condom à l'imaginaire docteur du même nom,
apparaît l'appellation de "préservatif antiseptique" et disparaît
l'utilisation du coecum de mouton. Le latex le remplacera, concurrencé un
moment par une tentative déposée le 11 octobre 1910 et qui
connut son heure de gloire : le fish-bladder.
Il s'agissait d'utiliser, comme preservatif, la poche à air qui permet
au poisson de remonter à la surface de l'eau. Unique désagrément,
pour lequel d'ailleurs on ne connaît pas d'explication précise,
seuls les "fish-bladders" du poisson-chat et de l'esturgeon semblaient pouvoir
contenter ceux qui ne souhaitaient pas prendre un risque de paternité.
C'est également en ce début de siècle qu'un allemand, Richter,
pense avoir trouvé une nouvelle explication au mot condom. Il viendrait,
selon ses recherches, du mot perse Kendü (ou Kondü) qui serait un réceptacle,
en intestin animal, utilisé par les paysans pour y entasser le blé.
Cette proposition, fondée ou non, ne retint guère l'attention.
 |
Pubilicité
pour les préservatifs
en baudruche blanche. |
Une deuxième révolution dans la production de produits
en caoutchouc, dont le préservatif, est l'utilisation du latex
liquide à la place du caoutchouc. Les techniques de production
connaissaient également une évolution
grâce à l'automatisation.
Le premier à utiliser ces techniques était British Latex
Products qui s'appellerait plus tard London Rubber Company.
Il
est à nouveau interdit dans le cadre de la politique nataliste
après la première guerre mondiale.
Le 27
janvier 1920 est créé, par décret, un ministère
de l'Hygiène,
d'Assistance et de Prévoyance sociales avec, à sa tête,
Jules-Louis Breton, partisan de la reproduction à outrance et
créateur
de la médaille de la famille française qui récompense les
familles, très, nombreuses.
L'Angleterre ne semble pas succomber aux diktats de la politique nataliste et
les femmes anglo-saxonnes voient dans le préservatif une aubaine, une
nouvelle forme de liberté, celle de choisir ou non sa grossesse. Leur
argument est de taille : "Plus de femmes meurent durant leur grossesse que dans
les mines."
Il connaît en revanche un succès croissant aux Etats-Unis :
les GI's en emportent toujours dans leur paquetage.
La fabrication des préservatifs n'est pourtant pas admise dans tous les
Etats, la firme Youngs crée, en 1926, la marque "Trojan". La société gagne
la confiance des drugstores, qui, outre-Atlantique, font office de pharmacie,
après que les préservatifs eurents été l'exclusivité des
bars, billards et bureaux de tabac. "Trojan" devient une telle institution
qu'elle est plagiée dès l'année suivante. C'est ainsi qu'une
fausse "Trojan - bas de gamme" est mise sur le marché, ce qui amène
un certain C.I. Lee à comparaître pour contrefaçon.
Ce dernier se défend en prétextant que le nom " Trojan " n'est
pas déposé et
rappelle, ironiquement, que la fabrication des préservatifs est illégale
dans une partie du pays. Prenant C.I. Lee à son propre jeu, le tribunal
le déboute, rappelant qu'il n'y a justement pas de loi fédérale
interdisant la fabrication de préservatifs et écarte par là même
un décret d'interdiction d'Antony Comstock qui prévoyait des peines
de prison à qui ferait la promotion du codom. Nous sommes alors en 1929,
la crise économique bat son plein, ce qui n'empêche nullement les
premiers distributeurs de préservatifs de voir le jour aux Etats-Unis,
alors que le pourcentage de caoutchouc peu fiable présent sur le marché avoisine
50%.
En 1930, la fabrication de latex liquide remplace le caoutchouc crêpe.
Aujourd'hui encore, le latex liquide est à la base de la fabrication
des préservatifs.
En 1932, une usine de préservatifs Durex, spécialisée
dans la technique relativement nouvelle du latex, est construite à Hackney.
Les fabricants se livrent, jusqu'au
début de la Seconde Guerre mondiale, à une " guerre des
gangs " sans merci, au goût de délation, racket et insultes en tous
genres. Cinq cents millions de préservatifs se vendront toutefois, en 1937,
sur l'ensemble du territoire américain. Pendant la Seconde Guerre mondial,
le caoutchouc venant à manquer, "Youngs" investira 250 000 $ pour tenter,
en vain, de réaliser un préservatif en nylon.
La seule usine américaine de caoutchouc venait
d'être bombardée à Pearl Harbour par les Japonais.
Quatre mois plus tard, la fabrication de préservatif cesse. Pendant ce
temps, les combats se poursuivent et les préservatifs font partie intégrante
du paquetage des militaires américains, mais aussi allemends. La Grande
Guerre avait servi d'exemple. L'impératrice Augusta-Victoria avait alors
interdit la capote dans le paquetage militaire contre l'avis pourtant expert
du général Von Bissing, et la syphilis avait ainsi désarmé de
nombreux combattants. Durant le second conflit mondiale, mode d'emploi et textes
sur l'hygiène furent joints aux préservatifs.
L'utilisation la plus étonnante du condom, durant cette période,
se fera lors du débarquement américain
baptisé "Opération Torch" à Alger, Oran et Casablanca
le 8 novembre 1942, et le 6 juin 1944 en normandie. Couvrant le canon des fusils,
le preservatif protège les armes du sable et de l'eau. Comble de la sophistication,
cette " fleur au fusil " était le seul et le plus simple élément
protecteur qu'il n'était pas obligatoire de retirer pour " tirer un coup " !
Mais ne soyons pas naîfs, les préservatifs avaient tout de même
pour vocation de permettre aux soldats d'aller régulièrement "aux
putes" avec une capote en pocheou, à défaut, un ensemble "pro-kit ",
(coton et chlorure de mercure) à utiliser après coup, "après
le coup" comme cela se disait à l'époque.
Les prostituées avaient, elles aussi, tout intérêt à se
protéger car, victimes d'une maladie transmissible sexuellement, elles étaient
punies, les militaires risquant quant à eux une mise à pied.
Enfin, le préservatif servit aux marins
de toutes les mers pour mettre à l'abri de l'eau rations alimentaires,
allumettes ou cigarettes. L'idée fut reprise, plus tard, par les passeurs
de drogue, appelés " fourmis " dans l'argot des professionnels. L'héroïne
est enfermée dans de la cellophane, entourée de chatterton et enfilée
dans une capote lubrifiée. L'ensemble séjournera dans l'anus
du trafiquant durant son voyage.
En 1950, et essentiellement dans le sud des Etats-Unis, vingt-cinq
mille distributeurs automatiques sont installés dans les toilettes
publiques ou station-service, remplaçant le plus souvent des distributeurs
de lames de rasoir qu'il fallut adapter.
En 1957, le tout premier préservatif lubrifié est lancé au
Royaume-Uni.
En 1961, la marque DUREX commercialise le premier préservatif
lubrifié.
La France, n’autorise la publicité sur
le préservatif qu’en 1987, sous réserve d’obtention
d’un visa de la part de l’Agence de Sécurité Sanitaire
des Produits de Santé, au même titre qu’un médicament.
Les années 1990, permettent aux nouvelles technologies une
amélioration
considérable du préservatif et la production de modèles
beaucoup plus sophistiqués que ceux que connaissaient nos ancêtres.
La dernière nouveauté est l'AVANTI de DUREX, fabriqué à partir
d'un type de polyuréthane unique, le DURON, qui est deux fois
plus résistant que le latex et permet d'obtenir un film plus
fin afin d'augmenter les sensations.
XXIème Siècle.
Actuellement, le seul moyen contraceptif
efficace pour l'homme et la femme, reste le préservatif.
Mais ce dernier risque bien d'évoluer avec la mise au
point en novembre 2000 par Michel Bergeron - Professeur à l'Université de
Laval au Québec - d'un gel contraceptif inodore, incolore
et imperceptible, protégeant contre les MST et même
le virus du sida. Ce gel, baptisé "préservatif
invisible", est composé de
deux ingrédients : un gel polymère (liquide à la température
extérieure, mais qui se gélifie à température
corporelle) combiné d'un germe comme le sulfate de sodium laurylé.
Pour l'instant, la méthode testée sur des souris a donné de
bons résultats.
L'avenir nous dira si ce gel est applicable à l'homme.
Sources:
Besok.com
Monsieur Denis Goncalves (Collectionneur) Thèmes
Collections
A.B.A. SMILE & HEALTH
Wikipédia
Durex
HomoFesty
"La
petite histoire du préservatif" par
Vincent Vidal
|