Sous la direction du Docteur Jacques Waynberg.

Docteur Jacques Waynberg Directeur de l'Institut de Sexologie à Paris,
Directeur de l'Enseignement de la sexologie
à l'Université de Paris VII.

REUSSIR L'ACTE D'AMOUR

On pourrait comparer la bonne marche du couple humain à celle d'un moteur automobile à quatre vitesses... et l'on voit ainsi s'élever l'édifice dans lequel se logera le bonheur.

Première vitesse: La recherche du plaisir orgasmique

L'orgasme procure un assouvissement physiologique sans équivalent. Son plaisir suréminent, ses propriétés extatiques ont développé l'appétit orgasmique, que l'hu­manité ressent sans commune mesure avec les nécessités purement procréatrices. Comme il existe un minimum de consom­mation calorique, vitaminique, etc., il existe un minimum de consommation orgasmique. Pour une vie de septuagé­naire, Wilhelm Reich l'avait chiffré à 5000 orgasmes. Nous sommes loin du nombre d'enfants que peut engendrer un couple.

En fonction de la sensibilité individuelle, le chiffre de cinq mille peut subir des variations considérables: il y a des tempé­raments froids et des natures généreuses, des baise-petit et des chauds lapins. Pour assouvir l'appétit orgasmique, l'hu­manité a remarquablement affiné sa physiologie érotique. Autour des zones érogènes primaires, les zones érogènes secondaires - celles dont la sollicitation fait de l'effet - se sont développées de la nuque aux chevilles, de la bouche aux creux des reins, du ventre à la face interne des cuisses, liste non limitative. Les seins féminins ont progressivement perdu leur fonction lactogène (par l'allaitement artifi­ciel) au profit de capacités érogènes "su­per-secondaires" faisant d'eux des appâts du désir, des foyers de plaisir. Les zones érogènes primaires, celles qui libèrent l'orgasme, ont acquis des facultés dont deux particulièrement voyantes:

• L'accès au clitoris: antenne du plaisir sexuel féminin, le clitoris se trouve à l'entrée immédiate des voies génitales-copulatoires. Quand la femme préhistori­que s'est dressée sur ses "pattes" de derrière, l'orifice vaginal est resté en place, "coincé" par le bassin osseux, alors que le clitoris a émigré vers l'avant. C'est ainsi que le sexe des femmes est devenu cet organe allongé fendu si original. Apparais­sant au bas du ventre, accessible à la vue (au centre du triangle pileux) et aux doigts, le clitoris peut être excité de façon indépendante du vagin, et délivrer son propre orgasme. Cet orgasme clitoridien est le préliminaire physiologique normal de l'orgasme vaginal. La physiologie érogène des femmes est ainsi devenue bifocale, avec deux zones érogènes primaires fonctionnant en synergie: le gland du clitoris et le canal vaginal. Chacune prodigue un orgasme à la saveur différente: précision, acuité, ponctualité de l'orgasme clitoridien; diffusion, large résonance de l'orgasme vaginal.

• La maîtrise masculine du stade en plateau: la réaction sexuelle, c'est-à-dire l'ensemble des modifications anatomo-physiologiques sous l'effet de la stimulation sexuelle, montre quatre épisodes: excitation, stade en plateau, orgasme, résolution. Le stade en plateau est celui correspondant au maximum de transformations, c'est-à-dire chez l'homme l'érection la plus complète et la plus ferme. L'homme normalement expérimenté peut faire durer à son gré cet état physiologique. Il est capable de se retenir pour que les percussions r épétées du gland de la verge contre le fond du vagin aient le temps de faire éclore l'orgasme féminin interne.

Deuxième vitesse: l'instinct d'accouplement

II faut plus de quinze ans pour que l' être humain acquière la maturité anatomo-physiologique lui permettant de s'accou­pler et de se reproduire. Ressentant l'appétit orgasmique dès l'enfance, il l'as­souvit alors tant bien que mal par la masturbation, qui soulage au moins la démangeaison érogène et rode la physio­logie. Avec la puberté s'allume définitive­ment le besoin de l'autre, le partenaire d'accouplement. Tenir cet autre dans ses bras, le presser contre son corps, le baiser, le caresser, faire coïncider les organes destinés à se compénétrer et agiter "la charnière" jusqu'au déclenchement or­gasmique constitue une de ces séquences programmées qui structurent les instincts. Cet instinct d'accouplement, tout biologique, tout "animal", est resté très puissant chez les humains, puisqu'il perpétue l'espèce. Il est capable de "faire avaler" l'étreinte à des femmes restées en route de leur évolution physiologique, et n'y trouvant pas d'agrément charnel. En revanche, chez la femme normale, celle qui a atteint la révélation du plaisir, l'accouplement délivre la part motrice de tout assouvissement biologique complet: c'est en "remuant la charnière", en accomplissant activement les mouvements coïtaux, qu'elle déclenche au mieux son orgasme vaginal.

Troisième vitesse: la liaison érotique

Le lien sexuel humain, qui se constitue à l'issue du choix puis de la courtisation (séduction) du (de la) partenaire, est fondé sur l'orgasme réciproque. D'un naturel méfiant et vulnérable, l'être humain ne s'accouple pas avec n'importe qui, ne se dénude pas devant n'importe qui, ne se montre pas en train de jouir à n'importe qui. On pourrait penser que si l'appétit orgasmique et l'instinct d'accouplement sont si pressants, c'est bien pour pousser à s'accoupler des individus dotés de pudeur, de dignité et de quant-à-soi. Il est rare qu'un accouplement (sauf vénalité) ait lieu entre inconnus de l'heure précédente; il est rare qu'il demeure sans lendemain. La liaison érotique, qui rend chacun responsable de l'orgasme de l'autre, est d'autant plus gratifiante que chaque partenaire est plus fier(e) de l'autre, d'autant plus assouvissante qu'elle permet, par sa durée, d'accorder efficacement deux physiologies qui ont toujours leurs particularités individuelles: grâce à l'expérimentation, à l'information mutuelle. Outre son propre assouvissement, chacun peut ainsi jouir, dans la liaison érotique, de son pouvoir érotique qui prodigue l'orgasme au partenaire élu. Hors de cette connivence réciproque, tout lien sexuel entre un homme et une femme qui ne connaît pas le plaisir partagé demeure boiteux, convenu, artificiel, voué à la rupture ou au malheur - ou alors il n'est qu'une société de soutien mutuel...

Quatrième vitesse: la formation du couple

Les humains ne passent pas leur temps à faire uniquement l'amour. Assouvissant par la liaison érotique les appétits charnels les plus "préoccupants" après les nécessités alimentaires, le couple permet à l'homme et à la femme d'établir sur leur union sexuelle un lien de longue durée permettant d'affronter à deux les péripéties de l'existence, et d'en partager les fruits comme ils partagent le pain du plaisir. Ils fondent un foyer, où ils élèveront leurs enfants... s'ils en veulent !

La surmultipliée: l'amour réciproque

On ne fait pas l'amour sans un peu d'amour, et l'affectivité positive est automatiquement mise en jeu par la "reconnaissance du sexe". Bien des couples s'estiment "contents" d'un échange de gentillesse et d'assistance. Il y a plus grande réussite. L'amour réciproque, par son exaltation des plaisirs sensuels, par son illumination de la vie quotidienne, par sa solidarité chaleureuse, procure, ne dût-il durer que quelques lustres(1), le plus grand épanouissement de bonheur dont soit capable la nature humaine.

La substance de la liaison érotique

La liaison érotique n'est pas faite que de coïts réglementaires avec orgasmes. Elle prodigue des gratifications mineures, moyennes et majeures.

LES GRATIFICATIONS MINEURES.

Ce sont celles qui érotisent la vie quotidienne. Caresses, baisers, pelotages, mains sous la jupe, sur les fesses ou sur la braguette, toutes ces privautés, premières accordées, rappellent que la séduction a abouti, et que chacun(e) dispose d'un corps de partenaire complice et affectueux. Ce sont petits jeux mettant une note de gaîté sur les grises besognes de la vie courante.

LES GRATIFICATIONS MOYENNES.

Au gré de certaines circonstances, elles consistent en sollicitation (habituellement manuelle) plus insistante des zones érogènes - au bal, au cinéma, devant la télé, dans le bain, en cas d'alitement pour maladie, fracture, etc. L'excitation franchit ou non le seuil de l'orgasme, unilatéral ou bilatéral. Un(e) bon(ne) partenaire sait quand il faut battre en retraite avant d'avoir entraîné du désagrément, quand il faut aller jusqu'au bout.

LES GRATIFICATIONS MAJEURES

Ce sont celles des séances érotiques, qui impliquent l'orgasme réciproque. Selon leur durée, on peut distinguer trois sortes de séances érotiques:

• La séance érotique de courte durée: celle qui assouvit à peu de frais, dans le minimum de temps (10 à 15 minutes) des partenaires bien rodés.

• La séance moyenne: en 20 à 30 minutes, elle correspond à un appétit aiguisé par des retrouvailles, des stimulations extérieures, un congé, etc.

• La grande séance érotique: s'étalant d'une heure à l'espace d'une demi-journée, de toute une nuit, c'est une fête de la chair demandant un grand désir, une solide santé... et du loisir. Elle permet de multiplier les caresses, les étreintes, d'agrémenter les "reprises" amoureuses par de petites diversions alimentaires, etc.

Les conditions pratiques de l'étreinte

II y a des gens qui trouvent tout tout seuls - heureusement ! - et d'autres qui ont toujours besoin qu'on leur dise ce qu'ils doivent faire. Lorsqu'ils demandent "quand faut-il faire l'amour, et où, et avec qui ?", la réponse est simple: quand on en a envie, à la maison, et avec son partenaire habituel. Bien sûr, il peut être émoustillant, amusant, délassant, de passer le week-end à l'hôtel avec sa secrétaire, de tirer un petit coup vite fait après le café, de "baiser" son épouse dans l'auberge de luxe ou dans la tente de plage; il peut être rassérénant d'obéir au rituel du cinq à sept hebdomadaire dans une garçonnière, etc. Mais c'est en prenant son temps, dans ses meubles, avec son bon compagnon de parties de jambes en l'air qu'on se régale le mieux. L'étreinte doit être installée dans le déroulement de la vie, il faut lui réserver l'horaire convenable, le lieu convenable, disposer des conditions environnementales favorables - et savoir que toutes ces circonstances sont à l'abri de la précarité, de l'éphémère.

PREMIERE CONDITION: LE BON MOMENT. Trois périodes offrent leurs commodités pour passer un bon moment:

• Le matin: il faut être assuré d'une grasse matinée confortable pour pouvoir savourer l'étreinte du réveil. Il y a aussi souvent intérêt à vider sa vessie avant de s'ébattre. Sinon l'érection de bonne santé peut inciter à une petite visite de courtoisie, le temps de dire bonjour, les plus longs discours étant remis à plus tard.

• Le soir: l'obscurité nocturne, le silence, le coucher, l'abandon au moins provisoire des soucis de la journée, sont autant d'incitation à l'amour. Malheureusement, c'est aussi le moment de la plus grande fatigue, du ressassement des ennuis, et trop d'humains bâclent leur étreinte du soir avant de s'endormir pesamment. C'est du gâchis. Les plus avisés prennent d'abord le temps du délassement, de la toilette, du bain commun, pour récupérer la "forme" nécessaire à une étreinte qui ne soit pas sabotée.

• La sieste: moment privilégié, elle permet mieux que le matin de savoir ce que l'on fait, d'être moins fatigué que le soir, et de se voir malgré les rideaux tirés.

L'amour est alors quasiment rituel dans les pays du soleil, là où tant de couples préfèrent passer leurs vacances.

DEUXIÈME CONDITION: LE LIEU. Une maison normale comporte bien des endroits "possibles". On peut s'étreindre dans la baignoire, sur le divan du salon, sur la moquette devant la cheminée; le cunni-linctus(2) est savoureux une cuisse passée sur chaque bras d'un fauteuil; il est loisible de prendre par derrière la ménagère penchée sur ses casseroles... Ce genre de divertissement est aisément multipliable, il est distrayant, émoustillant, et met en train, tout en encourageant la fantaisie. Finalement, rien ne vaut la chambre douillette, le lit de bonne taille(3), confortable, chaud, garni aux bons endroits d'oreillers et de coussins. Une vrai bonne chambre bien agencée pour l'amour possède aussi un éclairage intime permettant de voir ce qui se passe sans être ébloui, un miroir régalant les yeux, une salle d'eau proche - et une bonne serrure. Rien n'empêche de parfumer l'atmosphère, de faire passer une musique discrète, d'installer un aquarium lumineux... L'important c'est d'être à l'aise, de se sentir chez soi, et de laisser à la porte le monde extérieur.

TROISIÈME CONDITION: L'ENVIRONNEMENT FAVORABLE. Le bon lit, la bonne chambre, le bon moment, tout ceci fait partie du confort érotique minimum. Le couple qui ne peut en bénéficier n'aura que de piètres étreintes. Ce qu'un homme et une femme ont à se faire, à se dire, pendant qu'ils s'aiment, ne regarde personne. L'œil, l'oreille des enfants, les beaux-parents, les voisins, les moustiques, les fourmis sont autant d'agents perturbateurs. On fait très mal l'amour dans les immeubles aux murs trop minces, avec un ou plusieurs enfants dans la chambre, avec un œil sur le réveil, dans un bosquet, dans le froid, la gêne. Dernière condition, et non la moindre: faire que l'étreinte, sauf cas précis, ne débouche pas sur une grossesse. Il faut pour cela se trouver dans une civilisation ayant mis au point des procédés contraceptifs efficaces ne perturbant pas l'étreinte pendant son déroulement (les pilules, le stérilet, etc.), lui gardant son caractère de spontanéité amoureuse, instinctive, sans "précautions" médicales dépoétisantes. Il n'est pas besoin d'avoir atteint un "haut" niveau de vie pour bien faire l'amour, mais il faut avoir opté pour un certain style de vie.

Faire l'amour avec celui/celle qu'on aime est le plus grand luxe que puisse offrir la nature humaine et l'individu privé du retour régulier de cette fête exaltant sa chair, son cœur, ne vit pas toutes les dimensions de son humanité. Cet oubli égoïste des inégalités sociales, des interdits religieux, des souffrances du monde, etc., est nécessaire à qui veut mener une vraie vie d'homme, de femme, et reprendre, au contact du plaisir d'amour, le courage dont il a besoin pour affronter les risques et tracas de l'existence quotidienne, banale...

Le programme de la séance

Une bonne représentation érotique doit comporter trois actes: les préludes, l'étreinte, la détente. Le cahier des charges comprend l'assouvissement du désir, la survenue d'au moins un orgasme masculin, et la satisfaction féminine de l'appétit clitoridien comme de l'appétit vaginal.

PREMIER ACTE: LES PRÉLUDES. Une étreinte se prépare, sauf dans l'exécrable copulation à la hussarde, l'ignoble viol, le triste accouplement du service sexuel, rémunéré pour la prostituée, contraint par le devoir conjugal. Entre partenaires bien appariés, il n'est pas besoin de longues déclarations pour que s'établisse la connivence qui mènera à l'étreinte ; chacun sait exprimer, par le langage du corps et son désir, l'argumentation persuasive à laquelle l'autre répondra favorablement. Les baisers, les caresses, s'adressent dans le bon ordre des zones érogènes secondaires aux zones primaires; les enlacements, accolements, font monter la tension musculaire que les mouvements coïtaux relâcheront. Le corps du/de la partenaire est progressivement exploré, reconnu, investi, approprié - chauffé comme on chauffe un instrument de musique. Avant la conjonction sexuelle, les zones primaires, dernières sollicitées, doivent avoir atteint leur "meilleur état". Du côté masculin, il faut parvenir à la parfaite érection en plateau (parfaite dans sa forme et sa fermeté), dont l'homme dispose ensuite à son gré, grâce à la bouche (fellation), grâce à la main, et c'est ici que le prépuce, cet intermédiaire naturel des caresses féminines, montre toute son utilité érotique(4). Du côté féminin, il faut obtenir l'appétence vaginale pour la pénétration, et l'orgasme clitoridien est le déclencheur naturel: il peut être procuré par les caresses manuelles ou buccales (cunnilinctus).

Combinant l'excitation buccale simultanée du gland de la verge et du clitoris (cunnilinctus et fellation), le tête-bêche est une méthode très efficace. Tantôt l'homme, tantôt la femme peuvent surplomber le partenaire. La meilleure posture est la suivante: la tête de chacun reposant sur la cuisse inférieure de l'autre pour régaler le sexe, la bouche, la narine et l'œil. Il faut convenir, du côté masculin, s'il s'agit d'une fellation de mise en train ou d'assouvissement, car la plupart des hommes, ainsi parvenus à l'orgasme, ne retrouvent pas illico une deuxième érection. Leur excitation parfaite, les deux protagonistes désirent autant l'un que l'autre l'introduction de la verge dans le vagin. Le membre viril dressé, la cavité vaginale lubrifiée et palpitante ont besoin de la main pour se compénétrer. Le geste s'accomplit naturellement et gentiment pour ceux qui n'en sont pas à leurs premières armes amoureuses.

DEUXIÈME ACTE: L'ÉTREINTE. Après les stimulations directes et précises sur les organes génitaux, la conjonction sexuelle met en jeu le corps entier. Les mouvements coïtaux sont des avancées et retraits du bassin osseux entraînant la verge et le vagin dans une friction-percussion réciproque finissant par déclencher l'orgasme.

Mais ils ne peuvent s'accomplir que si le reste du corps leur fournit assistance et point d'appui. C'est dire qu'il existe deux grandes catégories de postures coïtales: celles que l'on prend pour s'amuser, pour innover, pour "changer", et celles qui permettent la survenue de l'orgasme sans contrainte musculaire, sans contorsions d'équilibriste; le Kama-Soutra et assimilés sont des ouvrages de mystique humoristique, non des guides pratiques à l'usage des novices.

L'espèce humaine a néanmoins cette latitude inconnue des animaux, de posséder un répertoire de postures, varié, basé sur deux attitudes inverses:

• Le ventre masculin contre les fesses féminines: c'est la bonne vieille posture des quadrupèdes et des quadrumanes, profitant de l'absence de protection de l'orifice vaginal abordé par derrière. Elle a plusieurs avantages. Elle permet la saisie des seins, et l'excitation combinée du clitoris, en particulier à cuisses jointes, condition physiologique de l'éclosion de l'orgasme clitoridien chez de nombreuses femmes, que leurs partenaires s'obstinent parfois à clitoriser - sans résultat - à cuisses ouvertes. Elle permet aussi la sodomie - la pénétration de la verge dans l'anus - dont certains sont friands... Il faut leur recommander de ne pas faire ensuite retour dans le vagin, qu'ils risquent fortement d'ensemencer avec des germes intestinaux. Malgré ses attraits, cette attitude n'est habituellement adoptée par les couples qu'après un certain temps de pratique.

• Le ventre à ventre: c'est un face à face qui permet de voir le visage, et fut certainement imposé par les femmes -pour savoir "à qui elles avaient affaire"... C'est aussi le témoignage de la personnalisation de la vie sexuelle humaine: elle ne joint pas une paire de sexes, mais des individus qui se sont choisis et désirent échanger les regards, les sourires, les baisers, tandis qu'ils s'étreignent. On peut, à partir de cette dualité anatomique, envisager théoriquement quatre types de postures selon que les partenaires sont debout, agenouillés, assis ou couchés.

• Debout: le face à face n'est pas très commode, sinon avec une petite femme appuyée contre un mur et enserrant de ses cuisses la ceinture de l'homme... vigoureux. Le ventre à fesses est plus aisé, si la femme se penche en avant sur un balcon, une chaise, une commode...

• Agenouillés: là encore, le face à face est plus acrobatique que le ventre à fesses, célèbre posture dite genu-pectorale si la femme appuie son thorax sur le lit, un coussin, un siège bas.

• Assis: le face à face est divertissant dans la cuisine ou en auto, alors que le ventre à fesses est très commode dans le train, devant la télé, dans le fauteuil du bureau, etc.

• Couchés: ces postures sont celles dans lesquelles les couples "se finissent" habituellement, pour savourer l'orgasme et le cuver tout à leur aise. Chaque attitude offre plusieurs possibilités:

• Face à face:

L'homme surplombant: c'est le très classique "missionnaire", aux avantages multiples de confort pour la femme, pourvu que son compagnon ne lui écrase pas la poitrine; elle peut écarter ou resserrer les cuisses, elle peut garder les membres inférieurs étendus, mi-fléchis ou complètement repliés, les genoux aux aisselles, laissant l'homme lui fouiller le tréfonds des entrailles.

La femme surplombante: tantôt elle se couche sur l'homme, tantôt elle s'agenouille sur la verge ( posture d'Andromaque). Pouvant alors véritablement mener l'étreinte à sa cadence et à son gré. Couchés sur le côté: la femme enserre de ses cuisses l'homme remontant aussi les genoux, posture dite "à la paresseuse" bien agréable au réveil (qu'il soit matinal ou non).

• Ventre contre fesses:

La femme couchée sur le ventre: elle écarte fortement les cuisses pour que la rotondité de ses fesses ne gêne pas l'abord de sa disponibilité vaginale. La femme agenouillée sur l'homme (posture de l'Arétin), qui permet à la femme de caresser les bourses tout en offrant son paysage fessier et d'avoir la même liberté de mouvements que dans la posture d'Andromaque.

Couchés sur le côté: c'est la très reposante posture dite des "petites cuillères", fortement recommandée (comme la suivante) aux femmes enceintes - qui ont droit de continuer à faire l'amour comme tout le monde...

• La posture des ciseaux: c'est une posture intermédiaire combinant presque tous les avantages. La femme reste allongée sur le dos, cuisses ouvertes, son compagnon couché sur le côté (droit s'il est droitier) la pénètre en passant sous la cuisse qui est contre lui, l'autre cuisse de la femme restant fléchie ou s'insinuant entre les genoux de l'homme; il peut lui caresser toute "la devanture", du cou au clitoris en passant par les seins et le ventre, tout en la dévisageant. Au gré des pratiquants, la conjonction sexuelle peut durer plus ou moins longtemps, avec des changements de posture, avec des changements de tempo, du moderato au presto, dont la concordance s'établit spontanément entre bons joueurs. A l'approche de l'orgasme, le mouvement s'accélère vers le prestissimo ou le furioso. Avant de se figer dans un point d'orgue concluant la dernière montée orgasmique. C'est à ce moment que le retrait de la verge, dans un but contraceptif (coït interrompu) se montre un non-sens physiologique désastreux.

TROISIÈME ACTE: LA PÉRIODE DE DÉTENTE. Après une jonction charnelle aussi intime, aussi intense, il n'y a que les goujats pour s'endormir comme des brutes ou reprendre illico le cours de leurs si pressantes activités, pour se précipiter sur le bidet ou sur la cigarette, leur journal, ou le poste de télévision... Le postlude est le moment de la reconnaissance de la chair, de l'apaisement, de la reprise du souffle, des esprits, des commentaires flatteurs, des baisers tendres, des mots tendres, des regards tendres, des tendres sourires, de la boisson réparatrice, partagée et dégustée avec volupté...

Le délicieux alanguissement peut déboucher sur un petit assoupissement de transition.

Il sera toujours temps de retourner aux tracas de la vie quotidienne.

 

Docteur Gérard Zwang

(1) Le lien de couple ne paraît avoir désormais qu'une espérance de vie de quinze à vingt ans
(2) Cunnilinctus et non "cunnilingus", mot qui est un barbarisme injustifiable
(3) Les lits jumeaux sont invention diabolique de puritains, et rendent inhabitables la plupart des hôtels
(4) A mon avis la circoncision, qui supprime tout le prépuce, ne repose sur aucun argument hygiénique, médical ni même érotique: les hommes entiers se retiennent autant et mieux que les circoncis.