Lexcite de l’érotisme, par Claire Castillon.
Miss Pandora | Mercredi 2 août 2006Mois d’août. L’écrivain Claire Castillon, dont le dernier recueil de nouvelles intitulé « Insecte » est paru aux éditions Fayard en janvier 2006, nous a fait le plaisir d’un texte littéraire, la primeur de son lexique de l’érotisme. C’est sa manière de souhaiter à tous un bel été, torride, amoureux, vibrant, mais protégé. Nos invités ou intervenants exceptionnels ont tous, comme elle, et comme nous, le souci de participer à la lutte contre le Sida et contre toutes les maladies sexuellement transmissibles. Les mots peuvent être drôles, les pensées folles, mais l’âme doit rester forte et le corps concerné.

Lexcite de l’Erotisme.
Je livre en abandon, -c’est presque un testament, après ça, le déluge-, mon petit lexique de l’érotisme. Pourquoi petit d’abord ? C’est ce qu’on m’a réclamé. Je me demande seulement par quel bout commencer.
Par celui de la lucarne, où je colle mon oreille, pour l’entendre, de l’autre côté, glisser Laisse-moi entrer. Pour cela, il dit cuisse. Cul. Ou même écarter. Fouiller. Ou retourner. Il le dit ou le fait. Trousser, un joli verbe, qui vient de loin, peut-être de la trousse d’écolière. A quoi pensait Maîtresse quand elle nous obligeait à vider toute la trousse pour voir nos anti-sèches ? Mouiller, donc, comme un ordre. Pas très beau à écrire, mais joli à sentir. Encore mieux à recevoir, comme un don, un organe, la mouille a quelque chose d’indigeste, c’est comme ça. Dans le mot, sur la langue, ça glisse et ça ondoie, un peu comme une chatte. Evidemment, ce mot là ! On doit passer par là. Cette poche faite pour le membre que l’on va appeler queue pour éviter les « i », comme dans ce cher « zizi », où une fois que c’est dit, on est tout ramolli. Vide-couilles, mentionnent certains, mais ça sort du lexique. Je pense que c’est à cause de l’intention pornographique. Comme les insultes fines, tu fais bien la salope, t’es bonne pour le trottoir, t’aimes ça, sale petite chienne, où, quand même, cas à part et selon qui le dit, ça peut. Mais ça peut quoi ?
Le problème, c’est celui qui dit, et si l’on se sent capable, ou pas, d’adhérer au propos. Si une planche à pain promet à un homme de l’étouffer dans ses seins, elle risque de le faire rire, et le R n’est pas bon. Il racle un peu trop fort, sans racler bien profond : arrête, râler, râteau, ratatiné, raté, ronfler, et rhabiller. Cet exemple, bien sûr, pour ne pas s’attarder sur le menteur éhonté dont on se demande encore s’il est en train de bander et qui demande sans ciller, Tu la sens ma grosse bite ?
Pour arranger tout ça, et mettre un peu de gaieté, on a les mots en « fr », frottement, frôlement, froufrou, frénésie, fricotons. Mouais. Pour plus de vaillance, peut-être, je dirais que les mots crus feront très bien l’affaire. Tringle, cul, foutre, baiser, à condition que l’homme ne se mette pas à chuinter. Bai ch er ne passera pas. Ecarter sera trop tard. Ouvrir, peut-être alors, et reprendre au début, ou bien passer au B. Surtout si l’allitération vient joliment le répéter, belle à baiser, bonne à bourrer. Regardez comme ma belle, ma beauté, mon bébé, à condition d’éviter les noms en « ette » (ma poupette, ta quéquette), les mots en « ine » (ma titine et ma pine), ceux en « ouille », comme dans « ma nouille te souille », font effet. Toutefois, en création, attention au français, la faute porte parfois à des conséquences graves : T’aimes bien qu’est-ce que je te fais ? Suce la queue à ton mec, J’ai envie de te prender ou encore Tu m’émeuves, peuvent définitivement boucher certaines oreilles. Cimenter certaines voies. Trop de précautions aussi. Pour exemple, « me sens-tu ? », « puis-je jouir ? ». Tout ceci laminera.
Passons au P, ah bon ? Poireau, praire, pleurotte, pou ? Parking, portique, pas vu pas pris, prends-moi. Pissotière, passant, pipe, pipeau, putain, pondre, palier, pervers, Pique-nique, pique et pique (bourre et bourre).
Dis-moi un nom en P qui t’excite, dis-je à une amie qui me regarde écrire.
Péter, me répond t-elle. Je l’inscris, ennuyée, ça plombe tout mon lexique. Et je vais terminer.
En P, il y a ton prénom. Tout l’érotisme est là. A cet amour, je tiens. Tu es si dur avec moi, si je le prononce trop bas. Mais le plus beau de l’érotisme, si c’est toi qui le dis, c’est s’il te plaît, encore, c’est quand tu te retiens mais que tu me dis Viens.
©Copyright 2006, Claire Castillon pour le Roi de la Capote.
Paris, le 2 août 2006




















